Gheel, la ville des fous




Anne-Marie est nourrice. Hier, plusieurs parents l'ont sollicitée pour garder leurs enfants. S'il avait travaillé ? Il aurait sans doute fait appel à Anne-Marie, une nourrice, qui repart elle aussi de l'école avec trois enfants après en avoir déposé un, « le seul dont la classe est ouverte. Heureusement qu'il y a des nounous qui rendent service, n'est-ce-pas ? » Puis soudain, elle prend un air songeur : « Il n'empêche que tout ça commence à être un peu inquiétant. Ce n'est pas évident pour tout le monde. Mes enfants ont les mêmes problèmes. Et eux n'ont pas de nourrice ! » Comment font-ils alors ? « Comme ils peuvent. Ils s'arrangent avec les amis. »
Il n'y a pas que le service minimum
Quelques rues plus loin, à l'école Marie-Curie, Nelly Claudic, la directrice connaît ce débat par coeur. Aussi elle supplie : « Ce serait bien de ne pas parler que du service minimum. À la radio ce matin, on n'entendait parler que de ça. » Inquiète que cette question puisse occulter le pourquoi de la grève ? « Oui. » Et de rappeler qu'« on ne fait pas grève pour embêter les parents. Il faut savoir qu'en ce moment si on est malade, on n'est pas remplacé. En Ille-et-Vilaine en particulier, il y a d'énormes problèmes de remplaçants. » Pour elle, pas question de laisser les enseignants passer pour des irresponsables. « Chez nous, quand un parent est vraiment embêté, on prend ses enfants dans une autre classe. De plus, le personnel est toujours là à 8 h 30 au cas où. Il ne faut pas croire qu'on va laisser nos élèves dans la rue. Nous pouvons aussi être arrangeants. La preuve, aujourd'hui, chez nous, trois enseignants sur sept seulement font grève, même si nous sommes tous solidaires, car nous avions une sortie de prévue. Et nous n'irons manifester à Paris que dimanche... sur nos congés ! »
Même discours à l'école Kergomard, où une seule institutrice, Chantal Bigot, est venue travailler, elle aussi à cause d'une sortie prévue dans la journée : « Le service minimum est un débat qui existe également chez les enseignants, vous savez. Nous aussi on cherche d'autres moyens d'action que la grève. » Il n'empêche qu'elle ne veut pas transiger avec les raisons du mouvement : « Nous sommes très inquiets de la réduction des effectifs et des programmes scolaires qu'on veut nous imposer. Le gouvernement souhaite demander aux enfants d'apprendre, d'apprendre, d'apprendre... mais sans les initier à l'analyse et la réflexion. » Aussi, Chantal Bigot en est certaine : « Les parents nous comprennent. Et quand l'école est fermée, ils s'organisent. » C'est tout le débat.