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A Nantes, des Roms craignent l'expulsion

Dix-huit familles de la rue de la Papotière vivent dans la peur d'être expulsées du boyau boueux où sont posées leurs caravanes. Sans eau, ni électricité. Les conditions d'hygiène sont déplorables.

Ils vivent dans un boyau boueux. À une centaine, répartis dans dix-huit à vingt familles. Ils n'ont ni eau, ni électricité. Leurs caravanes sont parfois rafistolées par des rubans adhésifs marron. Dans le passage entre deux rangées de caravanes, des palettes sont posées sur la boue. Le site, gorgé d'eau sale, est coincé entre un ruisseau, qui fait office de machine à laver le linge et plus haut, le périphérique. Nous sommes rue de la Papotière, à Nantes, à deux pas de la route de Saint-Luce-sur-Loire.

Autour de nous, les Roms s'agglutinent. Tous veulent parler, expliquer pourquoi ils sont là. Un membre de Médecins du monde traduit leurs propos. Tous disent craindre, d'abord, une prochaine expulsion. Et ils semblent prêts à aller protester devant la mairie.

« Nous avons fui le racisme qui sévit contre notre communauté, en Roumanie », affirment Jon Stoian, Vasile Dancu, Stelica Mirijel, Octovian Dancu, Viorel Badéa et les autres. La plupart disent aussi qu'ils sont venus en France pour soigner certains membres de leurs familles, handicapés ou malades. Ils sont arrivés il y a deux, trois, quatre, cinq ou six ans. Depuis, ils vivotent d'un lieu à un autre. Régulièrement, ils sont chassés de l'endroit où ils ont implanté leurs caravanes. Ils n'ont pas trouvé de place dans un des trois terrains conventionnés de l'agglo où 300 Roms bénéficient de conditions de vie décentes : mobile-homes en bon état, eau, électricité, coin sanitaire. Les Roms de la rue de la Papotière ne demandent pas tout ça : « On voudrait, juste que le sol soit empierré, pour ne plus patauger jusqu'au mollet dans la boue. »

« Ils veulent qu'on parte »

Au nom du collectif de soutien aux Roms de l'agglomération nantaise, une militante de la Ligue des Droits de l'homme ajoute : « Il faudra tout de même leur donner l'eau et l'électricité. Nous réclamons le respect de leurs droits fondamentaux. »

Mais l'inquiétude la plus palpable en cette fin de mois d'avril, c'est l'expulsion, une vraie épée de Damoclès. « Nous avons reçu à plusieurs reprises la visite des policiers. Ils veulent qu'on parte... »

Malgré l'incertitude du lendemain, ils tentent de s'organiser. Des enfants sont scolarisés. Souvent à l'ouest de la ville, car ils étaient auparavant à Chantenay, avant d'en être expulsés. « Pour aller à l'école, il faut prendre le bus. On n'a pas d'argent pour payer les tickets. Parfois, on est contraint de frauder... »

Et les adultes ? « Une vingtaine d'entre nous ramasse actuellement le muguet. » « D'autres sont à l'hôpital. » L'hôpital, la maladie... cela revient comme une rengaine. La boue et les conditions d'hygiène plus que déplorables n'arrangent pas l'état de santé des personnes souffrantes.

Il est 9 h 45, le soleil éclaire la scène. Rue de la Papotière, à un quart d'heure du centre de Nantes, les automobilistes défilent à vive allure, en jetant parfois un rapide regard sur ce bidonville.

Philippe GAMBERT.

La communauté urbaine de Nantes, le conseil général de Loire-Atlantique ainsi que les communes concernées financent trois camps conventionnés : un aux Sorinières, un à Nantes (à Cheviré), un autre à Saint-Luce-sur-Loire. Au total, environ 300 Roms y habitent. Mais les collectivités refusent d'en ouvrir d'autres pour ne pas susciter de faux espoirs et pour ne pas provoquer un afflux trop important de Roms vers Nantes.

Ouest-France

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