Le tanker Lisa est amarré au terminal « liquides » du port autonome de Nantes-Saint-Nazaire. Dans ses flancs rouges, 3 000 tonnes d'huile de colza, en provenance de l'usine Cargill de Brest. Il livre l'usine Diester industrie Atlantique, spécialisée dans la production de biodiesel, implantée à 500 mètres du quai, sur le terminal agroalimentaire. La cargaison est transférée en une dizaine d'heures par un pipeline reliant directement le navire à la raffinerie, mise en service en octobre.
600 tonnes d'huile
« Elle monte en puissance : aujourd'hui, elle raffine 600 tonnes d'huile végétale brute par jour, soit 80 % de ses capacités. Dans cinq jours, il faudra un nouveau bateau pour remplir les cuves. Notre fonctionnement à flux tendu sept jours sur sept demande une coordination très pointue entre la logistique et la production », commente Bernard Hocepied, directeur de l'usine de Montoir-de-Bretagne.
Bordée par les prairies du parc naturel de Brière, adossée au chantier de la future usine Cargill de trituration des graines, elle élève ses cuves, ses colonnes de distillation, sa cheminée de chaudière au milieu d'un réseau de tuyaux, de vannes, de pompes. Un parfum d'huile de colza flotte sur l'édifice industriel à l'inox flamboyant.
« C'est comme à la cuisine, sourit Bernard Hocepied, en manipulant des flacons contenant les différents ingrédients. On mélange 100 kg d'huile végétale avec 10 kg d'alcool. On chauffe à 75°. On obtient 100 kg de diester et 10 kg de glycérine, qui sert de matière première à l'industrie pharmaceutique. »
La différence, c'est qu'à Montoir, cette recette n'a rien d'artisanal. Elle se déroule à grande échelle dans une usine de 45 millions d'euros. En régime de croisière, chaque année, les 30 salariés transformeront 250 000 t d'huile végétale (principalement du colza, complété par du tournesol et du soja) en 250 000 t de biodiesel. Les deux étapes du process industriel - le raffinage et l'estérification - nécessitent l'adjonction d'acide et de soude. Une centaine de poids-lourds livrent de l'huile à raffiner et chargent le diester à destination des raffineries pétrolières.
Un pipeline de 6 km
Dans quinze jours, un pipeline de 6 km reliera l'usine avec la raffinerie Total de Donges, « ce qui permettra de diviser par cinq le nombre de camions ». Les autres clients de Diester industrie Atlantique sont les raffineries pétrolières de Lorient à La Rochelle.
En bout de filière, les pompes à essence. « Il y a du diester dans le gasoil de nos voitures depuis 1992, date de la construction de la première usine de diester, à Compiègne. Aujourd'hui, huit usines fonctionnent, dont la nôtre. La part de diester dans le gasoil est de 5,75 %. Elle devrait atteindre 10 % en 2014 », conclut Bernard Hocepied.
Xavier BONNARDEL.