Un parasite dans la Vilaine : les poissons trinquent
Les pêcheurs du syndicat de Redon et de Saint-Nicolas-de-Redon le disent depuis un an déjà, sans être entendus. Et pourtant les poissons de la Vilaine se portent mal : tâches, plaies, nécroses, « sans oublier des sandres de plus en plus maigres »... : OF archives
Un rapport l'affirme : la qualité de l'eau de la Vilaine est mauvaise, les poissons malades. À Redon, le syndicat des pêcheurs sonne l'alarme... une nouvelle fois.
Le syndicat des pêcheurs de Redon et de Saint-Nicolas-de-Redon le dit depuis un an. Sans être entendu. Et pourtant les poissons de la Vilaine se portent mal : tâches, plaies, nécroses, « sans oublier des sandres de plus en plus maigres »...Un rapport accablant de Patrick Girard, vétérinaire halieute, leur donne enfin raison noir sur blanc. Il est notamment disponible sur le site Internet de l'Institut d'aménagement de la Vilaine (www.lavilaine.com).
Pourquoi les poissons sont-ils malades ? À cause de « la qualité médiocre de l'eau », écrit Patrick Girard. Et de la présence de bucéphalose larvaire, en proportion importante dans le fleuve. Ce parasite se développe au cours d'un cycle complexe en établissant successivement domicile chez le sandre, les poissons blancs (brèmes, gardons) et la dressène, une moule d'eau douce. Si le sandre n'en meurt pas ; si les carpes, tanches, anguilles, perches et brochets sont relativement épargnés ; les poissons blancs n'y résistent pas.
Ne pas effrayer les pêcheurs
Pas de panique cependant : « On peut manger les poissons contaminés, à condition de les cuire », rassure Claude Davy, le président du syndicat des pêcheurs de Redon et Saint-Nicolas-de-Redon. Fait paradoxal, par ailleurs, « on n'a jamais autant pêché de poissons carnassiers, constate Michel Châtel, trésorier de l'association. Mais s'ils sont aussi mordeurs à l'hameçon, c'est que, privés de poisson blanc, ils ont faim. »
Les pêcheurs redonnais ont alerté dès août 2007 les autorités sanitaires et les fédérations de pêche sur ce problème. « Résultat ? Rien. Il y a une volonté de ne pas faire trop de bruit pour ne pas effrayer les pêcheurs », accuse Claude Davy.
Limiter la navigation ?
Pourtant, il existe des solutions. Au début de son cycle, la larve se développe dans la dressène, une moule qui a tendance à se fixer sur les coques des bateaux. Claude Davy recommande donc aux propriétaires, à défaut de limiter leur navigation, d'inspecter leur embarcation périodiquement, pour éviter de favoriser le déplacement de la bucéphalose larvaire. « Il faut aussi veiller à améliorer la mauvaise qualité de l'eau, car elle affaiblit les poissons et ils résistent moins à la maladie. »
Les pêcheurs redonnais aborderont ce problème avec le directeur de la Direction départementale de l'Agriculture et des forêts, le sous-préfet de Redon et les fédérations de pêche du Morbihan et d'Ille-et-Vilaine, vendredi. Le syndicat tiendra, par ailleurs, une réunion d'information lors de son assemblée générale, samedi matin, au Château du Mail, à Redon.
Yann-Armel HUET.
Ouest-France