Deux heures quarante-cinq de spectacle exactement. Long, « Gheel » ? Non. Car ce récit du Suédois Per Odensten, adapté et mis en scène par Christophe Rouxel, est tellement envoûtant qu'on ne sent même pas la bruine qui mouille les gradins. Ça, c'était le point de départ du spectacle de l'an dernier : le récit de la construction du village de Gheel. Cette fois, un an a passé. On retrouve la petite communauté prospérant joyeusement. Et sa foule de personnages, tous joués par des acteurs non professionnels... mais quels talents !
Il y a Le Coq et sa « collection de débauches ». Arvid Vaern, qui n'en peut plus d'attendre le « vent du large » et qui s'en va sur la mer gelée, chaussé de patins en os de vache. Himmer, sorte de superintendant du village, qui, les jours de fièvre, répète à tout va cette vérité des citoyens de Gheel : « Le corps est le centre de la guerre. »
À Gheel, pas de camisole
Car à Gheel, il y a surtout les autres, les fous. Ou les hôtes, comme on les appelle. Ceux dont l'esprit est habité « de sombres forêts » : Régina, qui se tourmente d'avoir « perdu le ciel ». Lazare, ancien faiseur de pluie, qui se croit pourchassé par des tempêtes. Pire, qui se prétend le fils de Dieu : « Le seul problème, c'est que mes papiers ne sont pas en règle. » Hjelm, lui, vise moins haut : il est persuadé d'être un ange, même s'il ne sait plus comment il est arrivé là. Et de bondir partout, affolé : « Comment retrouver le chemin du retour ? Y a-t-il seulement une entrée et une sortie ? »
Les habitants attendent tous quelque chose de la présence des aliénés. Quelque chose qui pourrait les « anoblir ». Alors, bien sûr, à Gheel, pas de camisole. Les fous sont sacrés. « Je suis bel et bien folle », insiste pourtant Regina. « Au moins, ça donne un sens à ta vie, la tance un habitant. Tu n'es pas comme ceux qui vont et viennent avec un dossier à la main en se croyant important. » Car telle est la question : qui sont vraiment les fous ? Où commence la folie ?
Cernée par ces vertiges, la vie s'écoule paisiblement. « Le temps progresse tout en se consumant. » C'est un défilé de décors coulissant sur des rails, un entrelacs de lumières sur les hauteurs de la carrière, un enchaînement époustouflant de scènes... Et toujours, bien sûr, les acteurs, épatants, bénévoles infatigables. « La plupart enchaînent les représentations après des journées de boulot », glisse le metteur en scène Christophe Rouxel, fier et reconnaissant.
Attraper la lune avec les dents
Évidemment, ce bonheur ne peut pas durer. Il y a un grain quelque part. Alors, après l'entracte, vient le moment de la désagrégation de la petite société. On répartit cruellement les hôtes en « utiles » et « inutiles ». On leur donne un numéro. On les met au travail, allant même jusqu'à les vendre comme esclaves aux enchères. Forcément, les fous deviennent encore plus fous : « Je veux qu'on m'achète ! S'il vous plaît, achetez-moi », crie une pauvre diablesse. Un groupe tente bien de se rebeller. Peine perdue. « Qu'est-ce que vous croyez, qu'on peut attraper la lune avec les dents ? »
Finis le rêve et l'utopie. Voici la folie, la vraie, la méchante, celle des gens normaux. Non plus la folie de l'esprit. Mais celle du coeur quand il s'assèche. Un fou, figure christique au pays des pharisiens, est même accusé d'hérésie. « On est bien loin de l'intention de départ si on se met à accuser les autres d'hérétiques », soupire une habitante. Quand Dieu sert de pire prétexte...
Gheel « s'englue définitivement dans le froid des âmes », devient « monde de silence ». On finit par y « mourir de ne pas mourir ». Et dix ans passent à nouveau.
N'empêche qu'il faut bien une fin. Alors un ange descend et accuse Himmer, le chef, d'être responsable de ce cauchemar. « Peut-être », admet ce dernier. Mais non sans nous faire comprendre que sa propre humanité, remplie de lâchetés, est celle de tous. Moralité ? « Un jour nouveau, fais simplement ce que tu pourras. »
Un peu facile, vite expédié ? Certes. Et pourtant, on quitte la carrière habité d'une paix réelle. On vient de voir toute l'histoire de l'humanité en trois heures. Alors on y croit. Fais ce que tu pourras, même si le ver ne quitte jamais le fruit, et « les jeunes filles auront toujours le sourire » et « il y aura toujours des jours sombres et des jours lumineux ». Surtout, on ne peut s'empêcher de penser qu'en deux ans d'aventure, les 110 acteurs ont dû, eux aussi, en avoir des coups de gueule et des fatigues. Mais un jour nouveau, ils ont fait tout ce qu'ils pouvaient. Aussi dense que la vie elle-même.
Yann-Armel HUET.
Pratique. Gheel, la Ville des fous, à la carrière du Bellion à Fégréac, du mercredi au samedi jusqu'au 9 août, à 22 h (3 heures avec entracte). Tarifs : de 10 à 17 €. Réservations au 02 40 01 90 21, à la Maison du tourisme du Pays de Redon et à l'espace culturel Leclerc de Saint-Nicolas-de-Redon.

une bonne adresse pour bien mangé avec des assiettes assez copieuses les nouveaux patrons sont...

cadre agréable et trés propre,produits de trés bonnes qualités,ambiance familliale et des prix...

En ce jour de fête des mères, nous avons connus ce super restaurant. Un accueil très agréable...

j'ai adoré, de l'action, beaucoup d'humour, j'ai passé un super bon moment!...

Alors là, merci la fête du cinéma sans laquelle il ne me serait pas venu à...

Festival Photo Peuples & Nature
